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Le 18.12.14

La Méditerranée, la mer et mère incontestable des grandes civilisations depuis l’Antiquité.

Une mer qui a assisté aux grandes batailles marines, aux navires engloutis par ses eaux. Celui qui contrôlait la Méditerranée à l’époque équivalait au contrôle du monde. Pas moins de 30% du trafic maritime mondial passent par ses eaux. Aujourd’hui, l’activité humaine, essentiellement industrielle, menace cette mer…
Un danger imminent et invisible à l’œil nu à effets dévastateurs menace la Mare nostrum. Les pollutions venant de la terre se multiplient, mettant sous pression l’écosystème marin essentiel pour les populations et pour la vie en général. Parmi ces pollutions, la présence croissante de micro-plastiques dans la mer et sa probable incorporation dans la chaîne alimentaire, et donc dans nos assiettes, pose question.

Pour lever le voile sur les risques des pollutions marines, une expédition scientifique, Tara Méditerranée, a été menée à bord de la goélette  Tara. Une mission coordonnée par le Laboratoire d’océanographie de Villefranche-sur-Mer (université Pierre et Marie Curie et CNRS) en France et l’université du Michigan aux Etats-Unis. L’expédition a sillonné 13 pays en faisant 20 escales, en parcourant 15 000 km. Au total, 23 000 échantillons ont été prélevés afin d’évaluer la distribution des micro-plastiques, du zooplancton, la caractérisation chimique des micro-plastiques, l’étude des communautés microbiennes attachées au plastique... Pour le moment, les scientifiques connaissent trop peu de choses sur ce qu’il advient des plastiques et sur leur rôle dans la dynamique des écosystèmes pour pouvoir prédire leurs impacts à venir sur les océans de notre planète et sur l’homme.

Dans le but de combler cette lacune, les scientifiques de Tara Méditerranée ont réalisé cette mission interdisciplinaire afin de mieux comprendre les impacts du plastique au niveau de l’écosystème méditerranéen. «La mission scientifique de Tara Méditerranée quantifiera les fragments de plastique, ainsi que la taille et le poids de ces fragments. Elle qualifiera aussi les matières plastiques (ainsi que les polluants organiques liés au plastique) qui se répandent en mer.

Encore inconnus, de véritables écosystèmes microscopiques et macroscopiques (bactéries, protozoaires, micro-algues, crustacés, mollusques etc.) se développent à la surface de ces fragments de plastique posant des questions sur l’entrée probable de ces polluants dans la chaîne alimentaire. Ce plastique flottant charrié par les grands fleuves qui se jettent en Méditerranée est devenu une composante de son écosystème qui influence la chimie de la mer», explique le Dr Gaby Gorsky, responsable scientifique de la mission et directeur de l’observatoire océanographique de Villefranche-sur- mer (CNRS).  

Escale à Alger

La mission Tara Méditerranée a fait une escale à Alger. «Bien que nous nous y soyons pris très tard avec l’aide précieuse de l’ambassade de France, les autorités portuaires du port d’Alger ont été très coopératives, et notre agent maritime, CMA CGM, a même contribué à la mission en nous offrant ses services en guise de soutien», déclare Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions. Une présentation de l’expédition Tara Méditerranée a été faite à l’Ecole supérieure des sciences de la mer et de l’aménagement du Littoral (ESSMAL) à Alger. Après avoir prélevé des échantillons d’eau à moins de 35 miles nautiques de la côte, c’est-à-dire assez loin de la terre, les doutes des scientifiques se sont confirmés. «Le constat est malheureusement le même que dans le reste de la Méditerranée, il y avait des micro-plastiques dans ces échantillons. Quelle densité ? Les analyses nous le diront dans quelques mois.»

Etat des lieux en Algérie

Dans son quatrième rapport datant de mars 2009, l’ex-ministère de l’Aménagement du territoire, de l’Environnement et du Tourisme
cite : «Les deux tiers de la population algérienne vivent actuellement sur la frange littorale qui ne représente que 4% du territoire national ; aujourd’hui, quelque 160 agglomérations urbaines, dont 3 des 4 grandes métropoles, se situent au niveau du littoral. Plus de 51% des unités industrielles sont localisées sur la côte et plus particulièrement dans l’aire métropolitaine algéroise où 25% des unités industrielles du pays sont implantées… Sur les 174 zones d’expansion et sites touristiques (ZEST), 80% sont implantés dans les 14 wilayas côtières. Sur les 140 ZEST littorales, 61 sont saturées, 26 partiellement saturées et 53 sont à l’état vierge.» Un autre rapport, celui de l’Agence européenne de l’environnement, classe l’Algérie parmi l’un des principaux pollueurs par les hydrocarbures, avec le rejet de 10 000 tonnes par an dus à des fuites d’exploitation en mer, rejets de boues toxiques provenant des raffineries d’Alger et Skidda.

Omar Arbane

Source : http://www.elwatan.com/hebdo/magazine/du-plastique-dans-nos-assiettes-18-12-2014-281978_265.php