Par J. Boukraâ

Le maraîchage urbain joue un rôle nutritionnel, socio-économique et environnemental important. Cependant, il présente des risques sanitaires et environnementaux liés à l'irrigation par les eaux usées. 

En 2014, quelque 35 affaires liées à l'irrigation des terres par des eaux usées ont été enregistrées et une quarantaine de personnes impliquées dans ces affaires ont été traduites en justice par les services de la gendarmerie à Oran. Aucunement inquiètes ou inquiétées, ces personnes pompent une eau de couleur douteuse et nauséabonde pour arroser leurs champs, narguant les institutions de l'Etat et les différentes inspections. Il s'agit de plusieurs hectares de fruits et légumes qui ont été irrigués par ces eaux dans des exploitations agricoles réparties sur les communes de Hassi Mefsoukh, Hassi Ameur, Hassi Bounif. 

L'année dernière l'utilisation des eaux usées par des agriculteurs dans la région de Marsat El Hadjadj a fait l'objet d'un rapport de la commission de l'agriculture, la pêche et le tourisme de l'assemblé populaire de wilaya. Un rapport sur l'utilisation des eaux usées par des agriculteurs dans la région de Marsat El Hadjadj. Ces agriculteurs ont même installé des appareils pour pomper l'eau à partir de l'oued, situé entre Marsat El Hadjadj et El Mactaâ, où se déversent les eaux usées. Etant à l'origine de plusieurs cas graves d'intoxication alimentaire, les membres de la commission sont montés au créneau pour tirer la sonnette d'alarme sur ce que cela représente comme danger pour la santé publique. 

C'est un constat qui ne fait plus de doute: les problèmes d'irrigation, par manque d'eau, dont souffre l'agriculture en Algérie, se sont nettement aggravés ces dernières années. Cette problématique est aussi liée pour une grande part aux effets du réchauffement climatique à l'échelle de la planète. Comme c'est le cas, d'ailleurs, pour de nombreux pays, en Algérie l'explosion démographique, l'urbanisation sauvage, l'industrialisation non respectueuse de l'environnement ont été, ces dernières années, les principaux facteurs aggravants de ce phénomène. Même si l'été reste la période propice pour la pratique de l'irrigation des cultures à partir des eaux usées pompées dans les oueds, certains fellahs utilisent cette eau pour irriguer à longueur de l'année. Afin de garantir la protection de la santé publique, la direction de l'agriculture de la wilaya d'Oran a mis en place une commission dont la mission est de sillonner l'ensemble des communes et de contrôler les exploitations agricoles et lutter contre ce phénomène qui prend des proportions inquiétantes. La mise sur pied immédiate du dispositif prévu pour la lutte contre les irrigations illégales a pour but tout comme la matérialisation des zones à risques, la sensibilisation et l'information des représentants de la profession agricole, la surveillance et les visites fréquentes pour décourager la mise en place clandestine des cultures. Selon les spécialistes, la consommation des produits irrigués par cette eau, en particulier la laitue, provoque plusieurs maladies parasitaires graves comme la douve du foie, le kyste hydatique ou encore le ténia. Selon eux, le danger bactériologique qui est à l'origine de la consommation de ces produits est gérable, cependant le danger chimique des métaux lourds (plomb, mercure…) est beaucoup plus dangereux, voire mortel, car insidieux et quelquefois indétectable et n'apparaît qu'après avoir causé des dégâts au corps humain. 

Source : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5209530